samedi 22 décembre 2007

Qui est ce ?

Un indice : ce n'est pas Carla Bruni

Chapitre 2 : La trahison de Georges

En quittant l’hôpital, Barbara se sentait un peu moins nouée que lorsqu’elle y était entrée trois heures auparavant. Le médecin ne l’avait certes pas complètement rassurée mais, au moins, il n’était plus question de leucémie. Elle avait déjà oublié les termes de jargon médical employés par le docteur Casenove, mais avait compris que sa fille souffrait d’une anémie de cause indéterminée.
- L’évolution est plutôt positive, lui avait-il déclaré, mais il faut la garder en observation le temps qu’il faudra, pour être sûr qu’elle ne court plus aucun risque.
Lorsque, 3 jours plus tôt, sa petite Marie inanimée avait été prise en charge par le SAMU, le jeune interne de garde avait tout de suite évoqué une leucémie et dirigé l’enfant vers le service de cancérologie.
Marie y partageait sa chambre avec une fillette sensiblement du même âge, avec laquelle elle s’entendait à merveille et partageait ses secrets de petite fille de huit ans. Barbara avait même eu l’impression que sa fille était pressée de la voir partir pour se consacrer à sa nouvelle amie.
Elle regagna le parking de l’hôpital, toujours très encombré et chercha sa voiture un bon moment. C’est fou le nombre de « Clio » grises qui sont venues à l’hôpital cet après-midi pensa-t-elle et elles se ressemblent toutes ! En s’installant enfin sur le siège de sa voiture elle se promit que la prochaine elle la choisirait rouge vif !
En cette fin de journée, la circulation était dense dans le centre de Montélimar. Elle mit plus de vingt minutes pour atteindre le pont sur le Roubion et prit la route de Dieulefit. Perdue dans ses pensées, elle conduisait machinalement, sans prêter attention à ce qui l’entourait. Si elle l’avait fait, peut-être aurait-elle remarqué la Mercédès noire qui la suivait.
Elle ne la remarqua pas davantage lorsqu’elle fit le plein à la station service. Les occupants de la Mercédès, deux hommes en casquettes et lunettes noires, ne faisaient pourtant rien pour passer inaperçus ! Lorsqu’elle quitta sa voiture pour aller payer à la caisse, l’un deux vint ostensiblement regarder à l’intérieur de la Clio, avant de retourner vers son compagnon en faisant un geste de dénégation.
Au moment de reprendre la route, Barbara s’avisa qu’elle avait oublié de téléphoner à Pierre. Elle avait promis de le tenir au courant de l’état de santé de Marie, leur fille. Elle gara sa voiture à l’abri des platanes qui bordaient la route, et sortit son portable.
Pierre décrocha immédiatement :
- Alors ?
- Eh bien c’est plutôt rassurant ! Les examens qu’on lui a faits aujourd’hui sont bons et les analyses de sang aussi.
- Elle va sortir bientôt ?
- Je ne sais pas ; encore quelques jours en observation, je pense. Si tu peux passer la voir, elle serait ravie.
- D’accord…. Mais et toi tu vas bien ?
Barbara sourit. Alors qu’ils étaient séparés depuis quatre ans, Pierre avait toujours pour elle une sorte de sollicitude de grand frère qui la rassurait. Cela avait sans doute fortement contribué à maintenir un climat d’amitié entre eux malgré les divergences qui les avaient conduits à se séparer.
- Ça va. Beaucoup mieux que ce matin en tous cas. J’ai seulement besoin de dormir un peu.
- Je comprends ça. Et… l’autre ? Tu as des nouvelles ? Tu y penses toujours ?
Pierre avait posé la question d’une voix à peine audible, comme s’il craignait d’être épié. Mais Barbara avait parfaitement compris la question. Elle s’y attendait. L’ « autre » c’était Georges, l’homme dont elle était tombée amoureuse quelques mois plus tôt, avec qui elle avait vécu des moments inoubliables, l’homme qui avait su nouer avec Marie des liens d’affection solides, au point qu’elle avait sérieusement envisagé de « refaire sa vie » avec lui… l’homme qui avait transformé sa vie en cauchemar !
Comme Pierre, Georges était employé au centre nucléaire de Pierrelatte. Alors que Pierre travaillait au service informatique, Georges effectuait des recherches considérées comme très confidentielles sur le confinement des déchets radioactifs. Un mois auparavant, il était venu un soir chez Barbara une bouteille de champagne à la main. Sans lui donner de détails, il lui avait laissé entendre qu’il avait réussi à mettre au point le matériau capable de résoudre définitivement le problème des déchets nucléaires.
- Tu as devant toi un homme qui sera bientôt célèbre, avait-il dit fièrement !

Célèbre, il l’était à présent, pensa-t-elle amèrement. Recherché dans tout le pays par la police !
Le dimanche précédent, il avait profité de la journée « portes ouvertes » organisée au centre de Pierrelatte pour faire jouer à Marie le rôle de passeur : pendant la visite il lui avait confié un petit objet mystérieux en forme de tube. « un secret entre toi et moi » lui avait-il chuchoté. Marie avait religieusement conservé l’objet dans sa poche jusqu’au retour à la maison. Au moment où elle le restituait à Georges, Barbara avait surpris leur manège et intercepté l’objet :
- qu’est-ce que c’est que ça ?
- c’est un tube, répondit Georges fièrement, constitué du matériau dont je t’ai parlé l’autre jour. Il contient un petit échantillon de minerais d’uranium de Gambolie mais aucune radiation n’en sort…
- et Marie a ce truc dans sa poche depuis trois heures ! Tu t’es servi d’elle pour le sortir du centre au nez et à la barbe des services de sécurité… c’est un vol et tu as fait de ma fille ta complice ! Barbara était furieuse, et surtout terriblement déçue.

Georges était parti sans un mot. Elle ne l’avait pas revu. Il lui avait téléphoné le lendemain :
- écoute, je te demande pardon… oui, je sais…ce que j’ai fait… d’accord, c’est pas bien ! Mais je ne pouvais pas faire autrement ; et c’était sans danger pour Marie… Maintenant, je vais être obligé de partir en voyage pour quelques mois… je… c’est pas moi qui tire les ficelles, mais… je t’aime et je voudrais que tu viennes avec moi…
Barbara l’avait écouté sans un mot. Elle avait machinalement noté les indications qu’il lui donnait : l’heure de son train en gare de Lyon Part Dieu, sa destination finale, et même le nom d’emprunt sous lequel il allait vivre désormais. Elle n’avait rien répondu, voulant par-dessus tout prendre le temps de réfléchir, essayer de voir clair en elle-même.
Elle n’en avait eu guère le loisir. Dans la nuit, Marie avait été prise de vomissements, et au petit matin le SAMU l’avait transportée inanimée à l’hôpital de Montélimar.

C’était seulement trois jours plus tôt ; un siècle pour Barbara !
Et Georges, l’autre comme disait Pierre, elle aurait bien voulu l’oublier…
- J’aimerais bien ne plus penser à lui, répondit-elle à Pierre, mais je ne vois pas comment ça serait possible, avec tout le foin qui est fait autour de sa disparition.
- Et il ne t’a pas donné de nouvelles ?
- Non, aucune ; c’est la question que tout le monde me pose…
- Qui ça tout le monde ?
- Le responsable de la sécurité de Pierrelatte, qui m’a appelée lundi et puis un policier de Valence, hier. On semble croire que je sais quelque chose ; je ne vais pas tarder à être accusée de complicité. De quoi ? je voudrais bien le savoir !
- Et c’est bien vrai ? Tu n’as aucune idée de ce qu’il a bien pu faire ni de l’endroit où il se cache ?

Barbara eut tout à coup envie de se confier à Pierre, de lui dire le peu qu’elle savait. Mais la prudence la retint. Elle savait que l’affaire du tube mystérieux et du rôle que Georges avait fait jouer à Marie, rendrait Pierre fou furieux ! Il ne manquerait pas d’y voir la cause du malaise subit de sa fille, et, bien sûr, d’en faire porter la responsabilité sur Barbara. Elle s’en voulait assez comme ça, et n’avait nulle envie d’entendre de la bouche de son ex les reproches qu’elle ne cessait de s’adresser !
Elle mentit avec aplomb :
- Non aucune idée ! Pourquoi m’aurait-il associée à ses projets ? Il s’est servi de moi…
- et de notre fille !
- oui, et maintenant il n’a aucune raison de ne pas couper tous les ponts ! C’est ce que j’ai expliqué à ceux qui m’ont posé la question au téléphone…y compris à celui qui m’a appelée hier soir.
- Quoi ? Qui ça ?
- Il n’a pas dit qui il était et m’a fait un peu peur.
- Oh mais ça m’inquiète tout ça ! Veux tu que je vienne faire un saut jusque chez toi !
- Non… merci… tu es gentil mais ça va aller… je te rappellerai.

En raccrochant, Barbara sentit à nouveau l’angoisse lui serrer la gorge. Elle eut envie de se retrouver chez elle, dans son décor familier. Et de retrouver la paix.

Elle reprit la route et aperçut bientôt les premières maisons de Dieulefit. C’est là qu’elle vivait depuis sa séparation d’avec Pierre. Une petite maison qu’elle louait, un peu à l’écart du bourg.

Débarrassée de ses chaussures, recroquevillée sur son canapé dans la position fœtale qu’elle affectionnait, un verre de vin blanc à la main Barbara commençait enfin à se sentir mieux. Elle téléphona à l’hôpital : tout allait bien ; Marie dormait calmement. En raccrochant, elle aperçut le clignotant indiquant qu’elle avait des messages sur son répondeur.
Elle n’eut pas le temps de les écouter. La sonnette de la porte d’entrée retentit.
Barbara ouvrit la porte. Elle vit avec une pointe d’agacement la Mercédès noire garée sur sa pelouse, mais n’eut pas le loisir de protester. Devant elle se tenaient deux hommes qui cachaient leurs regards derrière d’énormes lunettes noires. Sans un mot, ils la poussèrent sans ménagement à l’intérieur de la maison.

Contributeur : Alain