- Allo ? Kani ?
- C’est toi Georges ?
- Oui. Tu as pu faire ce que je t’ai demandé ?
- Pas encore. Mais tu es sûr que c’est ce que tu veux ? Je ne les sens pas ces types.
- On en a déjà parlé. C’est du business. Et je ne peux pas les approcher directement.
Kani Mossambé, respira profondément. Depuis que Georges l’avait contacté, quelques semaines plus tôt et proposé cette affaire, il se sentait mal à l’aise. Bien qu’une amitié forte le lie avec Georges, il ne comprenait plus son ami. De plus il sentait que celui-ci ne lui avait pas tout dit.
Tous deux se connaissaient depuis les 3 années passées en France par Kani à la centrale nucléaire de Pierrelatte, pour parfaire ses connaissances sur le traitement du minerai d’uranium. Il avait ensuite rejoint la Gambolie et travaillait maintenant sur le site de prospection d’uranium de Ngouba, le plus important du pays. Il y occupait un poste de responsable adjoint du service Logistique et Transport.
Les hommes que Kani devait rencontrer lui faisaient peur. On les disait maîtriser le commerce des jeux et de la prostitution, très active autour des sites de prospection. On les disait aussi liés aux milices locales, très puissantes dans ce pays à l’autorité politique régulièrement bafouée.
Ces hommes, mi businessmen mi mafieux ne se cachaient pas, ses principaux lieutenants, n’hésitant pas à parader bruyamment dans les rues de la ville, au volant de leur luxueuses Mercedes noires, emblèmes de leur soit disant puissance. Personne, en revanche ne connaissait l’identité de leur chef qui se faisait appeler le Robin des Mines.
La rumeur disait que de nombreuses familles dont les enfants travaillaient aux mines avaient reçu des dons anonymes sous forme de médicaments ou d’argent. Cela permettait de soigner les maux ou maladies fréquentes générées par une exposition trop longue et sans protection aux rayonnements du minerai.
Le Robin des Mines : curieusement, ce nom, il l’avait entendu pour la première fois en France de la bouche d’un diplomate de l’ambassade de Gambolie qui lui avait rendu visite sur son lieu de travail dans le cadre d’une mission de suivi et d’éventuelle assistance des jeunes expatriés Gamboliens.
Le diplomate l’avait emmené déjeuner, lui et quelques collègues dans un restaurant spécialisé dans le Moringa, plat traditionnel Gambolien.
Kani plaisantait sur l’accoutrement du serveur, vêtu d’un costume exotique sensé représenter l’habit national Gambolien ; le diplomate l’avait interrompu et lui avait dit en baissant la voix :
- Ne plaisante pas avec ça mon garçon. Si le Robin des Mines t’entendait, tu passerais un mauvais quart d’heure.
- Qui est ce Robin des Mines avait il demandé
- Je te souhaite de ne jamais le rencontrer
Et le diplomate avait changé de sujet.
- D’accord, je prends contact et je te rappelle dit Kani en soupirant.
Il raccrocha et se laissa aller en arrière dans son fauteuil.
Aminata, sa femme s’approcha et commença à lui masser doucement la nuque.
- C’était lui ?
- Oui
- Pourquoi veut-il traiter avec ces hommes ? Ils sont dangereux, il le sait.
- Il est pressé. Il supporte mal sa vie en brousse. Les éléphants, ça n’est définitivement pas son truc !
- Tu n’es pas obligé de l’aider, tu sais, dit elle en lui servant un verre de sodabi, alcool de palme national.
- C’est mon pote et je l’aiderai. Ne t’en mêle pas !
Elle ne répondit pas et s’assit avec lui dans le large fauteuil, la tête posée sur son torse et la main passée sous son tee-shirt bougeant lentement dans une douce caresse, tout en pensant à cet échange et à ses conséquences. Elle allait s’en mêler de cette affaire, et ni son homme ni son «pote » ne l'en empêcherait
Kani était bien plus détendu à présent, son verre était vide, sa respiration plus régulière. Il l’observait d’un œil malicieux et interrogateur. Souriant, elle interrompit ses réflexions pour participer activement à sa « détente »
Kani avait rencontré sa femme en rentrant de France alors qu’il fêtait son retour au pays dans un bar de la capitale avec quelques amis. Il était un peu ivre et avait failli la renverser alors qu’il se levait péniblement pour partir. Il s’était excusé et leurs regards s’étaient d’abord croisés pour finalement resté rivés l’un dans l’autre.
Il s’était redressé pour masquer son ébriété et lui avait proposé un verre. Elle avait souri et dit :
- d’accord mais sans alcool !
Belle, grande, allure athlétique, yeux marron tirant sur le vert, probablement un métissage ancestral, elle avait un regard profond et un peu énigmatique qui le bouleversait encore, six mois plus tard.
Elle lui avait expliqué son travail, vraiment très original pour une femme dans cette ville. Elle conduisait les camions qui assuraient le transport des matières extraites de la mine de Ngouba. Elle faisait régulièrement le voyage vers les gares ou les ports du pays, lieux de départ vers des destinations lointaines.
Il repensait souvent à cette soirée et les semaines qui avaient suivi, jusqu’à cet instant magique ou, au pied de son camion, elle avait accepté de vivre avec lui.
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Georges raccrocha. Il s’en voulait d’impliquer son ami. Il savait que son plan présentait des risques.
Il aperçu Lisa dans l’embrasure de la porte qui l’observait du coin de l’œil et se demanda si elle avait entendu la conversation.
Leur relation était faite pour l’instant d’échanges courtois pendant les soins des animaux et de regards parfois furtifs, parfois insistants lors des moments de pause ou lorsqu’ils partageaient un repas.
Il sentait bien qu’il ne lui était pas indifférent et se surprenait à vouloir exploiter cet avantage. Mais le souvenir de Barbara, bien présent dans sa mémoire l’en empêchait.
Pour l’instant.
Il regagna sa chambre ou le ventilateur tournait avec un bruit régulier, ses pales brassant l’air moite. Un bruit de vibration se faisait parfois entendre, probablement du à une fixation défaillante de l’axe de l’appareil au plafond.
Il s’allongea sur son lit et pour la centième fois retourna son plan dans sa tête.
Contributeur : Pierrick
samedi 21 février 2009
Chapitre 4 : Le plan
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3 commentaires:
Et Barbara, que devient elle?
Ça se cowse du côté afwicain ! Mais les méchants ont peut-être des connexions dans la région du nougat !! Pauvre Barbara !
C'est de plus en plus glauque. Mais qui est donc Robin des Mines ?
Et quel lien avec Barbara ? Vite, la suite...
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