jeudi 3 janvier 2008

Chapitre 3 : Lisa et les pachydermes

Lisa s’accordait enfin un moment de détente après une journée particulièrement harassante. Elle avait guidé un groupe de touristes hollandais à travers la brousse pour un safari photos. Bien à l’abri dans le minibus, ils avaient pu bombarder les grands fauves de photos avec leurs téléobjectifs dernier cri.

C’était un groupe plutôt agréable et il n’y avait pas eu d’incident fâcheux, mais la chaleur humide, la poussière, les chaos rendaient toute randonnée très fatigante dans ce coin de Gambolie.

Pourtant elle aimait bien son travail d’accompagnatrice dans cette réserve. Il lui permettait de vivre au milieu des grands fauves et surtout de financer ses travaux de fin d’étude.

L’objet de sa thèse : « Etude de l’impact des safaris sur la neurophysiologie des éléphantidés de la réserve de Mamboutou en Gambolie » lui avait valu quelques sarcasmes de la part de son entourage. Sa mère elle même lui avait conseillé de s’occuper d’animaux « plus petits » et « moins exotiques », mais c’était ignorer la véritable passion qu’elle avait pour les grands fauves. Déjà, enfant, lors d’une visite au zoo de Vincennes avec sa grand-mère elle avait eu un véritable coup de foudre pour les éléphants, et tout ce qu’elle avait appris sur eux depuis l’avait confortée dans cette passion .

D’abord leur intelligence et leur grande sensibilité bien sûr, et aussi leur utilité écologique en éliminant les végétaux qui ont tendance à envahir le milieu, et encore la façon dont ils vivent en groupes familiaux dirigés par une matriarche, les mâles ne se manifestant que lors des périodes d’accouplement. Voilà un peuple sensé !

Mais ce soir là, ce n’était pas les pachydermes qui occupaient son esprit. Depuis l’arrivée du nouvel employé, Georges Steynman, elle ne pouvait s’empêcher de se poser des questions à son sujet. Quelque chose en lui l’intriguait.

Et d’abord tout en étant très poli et courtois à son égard il ne recherchait pas sa compagnie et pourtant, lorsqu’ils s’étaient rencontrés la première fois, elle avait fugitivement senti un réel intérêt pour sa personne, mais ça ne c’était pas confirmé, à son grand regret, elle devait le reconnaître.

De plus il avait été embauché, sur la foi de son CV, pour s’occuper des animaux mais elle s’était rapidement aperçu qu’il n’était pas familier des grands fauves. Il mettait beaucoup de bonne volonté dans son travail mais elle l’avait souvent pris en flagrant délit d’ignorance, en particulier en ce qui concernait les éléphants. Pour ne pas le gêner elle avait fait comme si de rien n’était mais elle avait acquis la conviction qu’il n’était pas celui qu’il prétendait être.

Elle n’ignorait pas que beaucoup de blancs vivant dans la brousse y cachaient un passé peu recommandable. Mais Georges n’avait ni les manières, ni le physique d’un aventurier ou de ce qu’elle imaginait être un aventurier.

Elle avait plusieurs fois tenté d’en savoir plus sur son passé mais il répondait toujours à ses questions de façon vague et impersonnelle.

Une fois pourtant elle l’avait surpris regardant d’un air attendri la petite fille du gérant. Avait-il lui aussi une petite fille qui l’attendait quelque part ?

Il y avait aussi ce qu’elle avait découvert sur les listings téléphoniques, des appels de Georges vers Ngouba, le principal site de prospection d’uranium de Gambolie. L’uranium appelé ici « yellow cake » était la principale ressource du pays, et avec le boom des centrales nucléaires la demande était forte. Le Colonel Khadafi ne venait-il pas d’en vendre 1600 tonnes à la France ?

Mais justement le commerce d’uranium était licite. Pourquoi se cacher dans une réserve alors ?

Et pourquoi elle-même s’intéressait-elle autant, de façon presque obsessionnelle à cet individu ? Bien sûr elle connaissait très bien la réponse à cette question.

Il lui plaisait. Beaucoup. Elle saurait bien découvrir qui il était et pourquoi il était ici.

Sur ces bonnes résolutions elle prépara sa moustiquaire pour la nuit, régla la vitesse du ventilateur et se coucha, épuisée.

Contributrice : Annick

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo à Annick pour ce chapitre exotique. Ah, le yellow cake, on en mangerait!

Et ce Georges, quel séducteur!
Le début d'une romance?

Alinette, c'est à toi : Alice se prépare!

Anonyme a dit…

Et voila, un sommaire pour lire les chapitres du roman dans l'ordre (en haut à droite).

Je peux essayer de récuperer un modèle de blog dedié pour un roman comme celui ci :
The castle of Otranto

mais ce n'est pas si simple.

Anonyme a dit…

Avec le sommaire, ça va déjà mieux ; on retrouve les chapitres dans l'ordre. Le modèle du "castle...", c'est encore mieux !